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Quand la passion devient un métier

Par Julie Recoussine | 10 juillet 2018
Découvrir, Portrait
Rencontre avec Sonia Maupas, vannière à Labouquerie (Beaumont-du-Périgord) avec qui j'ai pu échanger le temps d'une après-midi sur sa passion et la vision de son métier.

Bonjour Sonia, il me semble que tu n’es pas originaire de la région. Pourquoi avoir choisi la Dordogne ?

En effet, je n’ai pas l’accent. Je suis normande. Je travaillais moi aussi dans le tourisme, au Mont Saint-Michel pendant 8 ans, en hôtellerie, à la réception. J’ai eu envie de changer de vie et je cherchais le soleil. On est venu en vacances ici et on a eu le coup de foudre pour la luminosité de la Dordogne. On a fui la pluie.

Depuis quand exerces-tu ce métier et quelle est ta formation ?

J’ai commencé à m’intéresser à la vannerie en 2011 quand j’ai démissionné de mon poste. J’ai débuté avec une association « les Amis de l’osier » dans la Manche. On se réunissait une fois par mois et il y avait un vannier professionnel.

Puis Patrick, qui a fait des stages à Villaines les Rochers, m’a retransmis son savoir. Pour évoluer, il faut pratiquer. On s’enrichit au fil des rencontres également, en allant aux fêtes de vannerie. On partage avec les autres.

Pour ceux qui ne savent pas trop, en quoi consiste la vannerie ?

Je fais de la vannerie d’osier mais il y a aussi la vannerie sauvage, la vannerie de rotin. La vannerie c’est l’art de tresser les végétaux. Je me double de l’osiériculture. Ce qui m’intéresse, c’est d’aller du brin d’osier au panier, de A à Z. Ça change le travail, c’est saisonnier. On a vraiment le rapport avec la nature. L’hiver on est au champ, puis après on produit.

Je suppose que tu ne réalises pas seulement des paniers, quelles sont tes diverses créations ?

Je fais des vanneries classiques et créatives.

En produit phare, je dirais que c’est le sac à main en éclisses d’osier avec sa fameuse anse d’osier tressé, c’est une petite fierté et une exclusivité Anim’Osier ! Avec la même forme, on a créé le sac à main ajouré, (ce sont des sacs qui ne sont pas conçus pour la ville.) Ce sont les produits qui me distinguent.

 

C’est une vannerie plutôt féminine si je peux dire. Vous êtes nombreuses en France à être vannières ?

Il y a en a beaucoup. C’est pourquoi je me suis dit que je pouvais me risquer dans le métier. J’en ai rencontré plein sur les foires à la vannerie : Vallabrègues et Ispagnac. Je me suis aperçue qu’il y avait beaucoup de vannières sur ces fêtes de vannerie estivales et pas des filles forcément super costauds. Et je me suis dit pourquoi pas moi. J’ai trouvé que leur vannerie était différente de celle des hommes. C’est grâce à mes collègues que je me suis lancée dans l’aventure !

Tu proposes également des stages ? A qui s’adressent-ils ?

Pour ceux qui n’ont jamais fait de vannerie, on propose le panier rond avec un fond sur croisé. Il faut deux jours.

On propose aussi sur deux jours également de faire le bouyricou (panier typique du bergeracois). C’est un joli panier. Nous avons appris ici en Périgord, tout le monde à la campagne savait le faire.

Il faut que les stagiaires aient le temps de répéter les gestes pour qu’ils puissent les reproduire chez eux. Qu’ils soient autonomes en sortant de leur stage. Mais la vannerie ce n’est pas comme le vélo, ça s’oublie, il faut pratiquer.

Nous proposons aussi des stages de perfectionnement.  

Pour avoir une idée du travail que cela représente, combien de temps mets-tu environ pour réaliser un panier de taille moyenne, pour aller au marché ou chercher des champignons ?

Pour un panier à provision, on met 4 à 5 heures.

 

La qualité est vraiment différente d’un panier artisanal à un autre « made in china ». Tu ne souffres pas trop de la concurrence des paniers chinois ?

Ce ne sont pas des paniers chinois mais des pays de l’Est. En Asie, ils ne travaillent pas l’osier. Je ne pense pas que ça soit une concurrence car c’est un osier de mauvaise qualité. C’est aussi ça l’intérêt de cultiver soi-même son osier, on connait notre qualité. On se démarque en cultivant diverses variétés d’osier, on a des couleurs qui sortent de l’ordinaire, qui sont plus vives.

Est-ce un métier qui tend à disparaître ?

Je ne pense pas car il y a quand même beaucoup de jeunes qui s’y mettent. L’école nationale a des élèves de tout âge. Ça a tendance à se développer. Comparé à d’autres métiers artisanaux, nous n’avons pas la concurrence de la machine déjà. Le tarif horaire n’est pas le même évidemment. La relève sera assurée.

La foire aux paniers d’Issigeac est le dimanche 15 juillet, tu y participes depuis quand ?

Je crois que c’est en 2014. Quand j’ai reçu l’invitation, au départ je n’osais pas y aller car j’étais intimidée par mes collègues. J’ai très mal dormi la nuit… Mais ça s’est bien passé, il y a une bonne entente entre vanniers.

 

Parle-nous un peu de cette manifestation.

C’est une fête champêtre cette année puisqu’on va être près de la Banège (ruisseau) au milieu de la verdure, protégé par les arbres. Ça sera spacieux et agréable de flâner dans les allées. C’est un rendez-vous international de la vannerie. Ça amène des vanniers reconnus internationalement. Les vanniers aiment bien parler de leur savoir-faire et partager avec les visiteurs, ce n’est pas que la vente. C’est un beau moment de partage entre nous et avec les passionnés, les amateurs qui viennent nous voir. Et il fait toujours beau à la foire aux paniers. Venez nous rencontrer !

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